Sommes nous tous des gens du voyage ?
Nous déménageons , ou nous voyageons d'un endroit à un autre, dont aucun n'est vraiment notre maison. De plus en plus nous n'avons plus besoin de sortir pour voyager: nous pouvons foncer, ou filer à travers la toile, nous emparer sur l'écran de messages issus de l'autre face du globe et les mélanger à notre guise. Une télécommande nous permet de zapper d'une chaîne à l'autre, passant d'un endroit à l'autre à une vitesse dont sont incapable les avions supersoniques, mais sans jamais rester assez longtemps pour être autre chose que de simple visiteurs, pour parvenir à se sentir chez soi. Nous sommes tous des nomades qui ne se perdent jamais de vue.
Depuis que le stationnement est payant au Port de Rive , il n'y a jamais eu autant de monde pour se baigner un jour ou le drapeau est rouge.
Et oui, ils vont tous au Lac.
Pour forcer leur chemin, lors d'un beau dimanche ce 26 juillet 2009, à travers le maquis de la compétitivité aquatique de France, milieu dense et sombre, désordonné et "déréglementé" à cause de combinaisons non réglementaires, et pour attirer l'attention du public, tout ce monde doit susciter le désir, et, pour ce faire, ils doivent séduire et se surpasser en ce les gelant.
Nous sommes en pleine mondialisation, celle qui entraîne les "économies " vers des structures de production de l'éphémère, du volatil, et du précaire.
Vous croyez avoir tout vu ? Vous n'avez encore rien vu!
Avant on se demandait si il fallait travailler pour vivre ou si l'on vivait pour travailler, aujourd'hui : doit on consommer pour vivre ou vivre pour consommer ? Ou, veut-on et peut-on encore séparer le fait de vivre du fait de consommer ?
Où se trouvent les kayaks ?
Il y a une chose que personne ne peut choisir, c'est la société dans laquelle on va naître, et nous sommes donc tous en voyage, que cela nous plaise ou non. De toute façon, notre avis importe peu.
Nous n'avons que deux possibilités: nous réjouir à l'idée de faire de nouvelles découvertes ou trembler à l'idée de tous nous noyer. Ce qui sert de distinction entre ceux qui sont devant et ceux qui sont derrière, c'est leur degré de mobilité, c'est à dire leur liberté de choisir l'endroit où ils veulent être. Ceux qui sont devant se distinguent notamment de ceux qui sont derrière par le fait que les premiers peuvent abandonner les seconds à leur sort, sans oublier de passer derrière toutes les bouées, ce qui n'est pas réciproque.
Sous la fine pellicule des symboles, des marques et des services de la ville et des différentes associations lacustres, bouillonne le chaudron de l'inconnu - de ce qui ne nous intéresse pas particulièrement, ce qui sur quoi nous n'avons pas grand chose dire.
Unis pour le meilleur et peut être pour le pire